Argumentaire

 

Ce colloque propose de jeter un regard historique, ontologique, critique et philosophique sur les liens qui unissent l’innovation technologique et la création médiatique. Le terme innovation est utilisé ici plutôt qu’invention, car celui-ci circonscrit bien le cadre pratique d’une situation, propre à l’Art et à la création médiatique, où l’Artiste comme individu devient pour lui-même son propre milieu et ainsi, intègre les schèmes de son imagination technique dans son processus de création.

 

Bien que cette relation aux différentes technologies ou, devrions-nous dire à la technologie et aux techniques, se développe depuis les débuts de l’humanité comme autant d’outils qui « quitte[nt] précocement la main humaine pour donner naissance à la machine »1, nous nous concentrerons particulièrement sur la période qui, depuis la deuxième moitié du 20e siècle, intègre de façon franche l’électronique puis le numérique comme vecteurs de ce développement.

 

Cette relation entrelacée a déterminé l’évolution des pratiques qui ont servi la création médiatique. Les œuvres se présentent sous forme de dispositifs ou d'instruments inventés. Elles peuvent avoir des filiations textuelles, visuelles, sonores, hypermédiatiques ou cybernétiques. Elles peuvent naitre par le détournement de technologies existantes ou par le développement de nouvelles technologies. Dans tous les cas, la technologie n’est pas seulement accessoire, mais bien constitutive de l’œuvre elle-même.

 

Quel éclairage l’examen de ces rapports de l’homme aux techniques et aux technologies apporte-t-il à notre compréhension des pratiques médiatiques actuelles et en devenir? Quels sont donc les enjeux et les perspectives, pour la création médiatique, de cette « convergence technologique facilitée par la conversion universelle des signaux analogiques vers des signaux numériques »2?   Quelles sont les méthodes de compréhension de la production de subjectivité issue de la pratique de création en arts et technologies médiatiques? Voilà donc quelques questions qui se posent à nous.

 

Entre l’ancien et le moderne, le présent et le futur déjà engagé, ce qui nous tient peut-être le plus à cœur et nous touche est la volonté et la possibilité, dans l’action créatrice, d’un « repositionnement fondamental de l’homme par rapport à son environnement machinique et son environnement naturel.». Ce qui ne se fera pas « sans que ne se créent, concurremment, de nouvelles territorialités »3.

 

1 Leroi-Gourhan, A. (1965). Le geste et la parole. Paris : Albin Michel.
2 Proulx, S (2004). La Révolution Internet en question. Montréal : Québec Amérique.
3 Guattari, F. (1989). Cartographies schizoanalytiques. Paris : Galilée.