Jean-Pierre Boyer

 

Jean-Pierre Boyer et son boyétizeur anamorphique, Photo: Jean Desjardins

 

Jean-Pierre Boyer, vidéaste expérimental et documentaire, professeur à l’École des médias et responsable du Centre de recherche en imagerie populaire de l’UQAM, est né à Beauharnois en 1950. Après avoir réussi ses études classiques et participé à l’occupation étudiante des cégeps en 1968, il s’inscrit en baccalauréat pluridisciplinaire (histoire, philosophie, communication et beaux-arts) à cette nouvelle Université du Québec à Montréal qui va devenir, en 1969, et demeure encore aujourd’hui son alma mater.


Au terme d’une année de travail au Musée d’art contemporain comme responsable des services éducatifs, et après avoir complètement passé au feu à l’hiver 1973, il décide alors de prendre la clé des champs pour devenir vidéaste expérimental et réaliser une dizaine d’œuvres (L’Amertube, L’eau d’oubli, Le Chant magnétique, Phonoptic, Analog, Vidéo Cortex, Alpha, Objets et Vidéogrammes inédits) et mettre au point son boyétizeur anamorphique au fil des quatre années suivantes. Dans ce même champ de création, il réalise également une vidéosculpture interactive intitulée Totem d'humanité (2002), une expérience initiatique guidée par un « chaman » cybernéthique.

 

Boyétization 1

 

De retour à Montréal en 1978, après une année de résidence à New York, il s’inscrit au programme de maîtrise en Études des arts à l’UQAM pour réfléchir sur sa pratique tout en commençant à donner des charges de cours en médias, art et sociologie, à l’UQAM, à Concordia puis à l’Université du Québec à Rimouski où il participe notamment à la fondation du Syndicat des chargé-e-s de cours. En 1979, il s'engage aussi dans la défense des prisonniers politiques québécois (ex-membres du FLQ) en créant plusieurs affiches pour le CIPP et en réalisant un vidéo-documentaire intitulé « Mémoire d’octobre 70 » (1979).

Mais devenu présumément « indésirable » aux yeux d’une administration universitaire crispée et litigieuse, il « s’exile » alors à Paris et s’inscrit à l’École des hautes études en sciences sociales, sous la direction d’Armand Mattelart, pour entreprendre sa thèse de doctorat en communication portant sur Les affiches produites en milieu syndical au Québec de 1957 à 1983. Après sa soutenance et l’obtention de son diplôme en 1984, il est embauché comme professeur en communication à l’université d’Ottawa. C’est en 1986 qu’il revient finalement à l’UQAM en titre de professeur au Département de communication, devenu depuis l’École des médias, où il enseigne les approches sociopolitiques de la communication, l’analyse critique de l’information et la socio-pol-éthique de la création en médias interactifs.

Comme chercheur et co-fondateur du Centre de recherche en imagerie populaire (CRIP-UQAM), il s'intéresse particulièrement à la production iconographique et discursive des mouvements sociaux au Québec et ailleurs dans le monde. En plus d’y avoir produit un cédérom (2000) et une borne interactive iconographique (2003) portant sur 20 ans d’histoire sociale au Québec, et réalisé une trentaine d’expositions d’affiches militantes, il est aussi co-auteur de l’anthologie graphique publiée chez Cumulus Press et Lux éditeur en 2008 : Pour changer le monde – Affiches des mouvements sociaux au Québec 1966-2007.

Au retour d’un congé sabbatique à Londres en 1993-1994, où il découvre les écrits de Thomas Paine (1737-1809), il décide d’entreprendre la publication, au Québec et en français, des trois œuvres majeures de cet écrivain pamphlétaire anglais : Le Sens commun (Septentrion 1995), Les Droits de l’homme (Septentrion 1998) et Le Siècle de la raison (à paraître) tout en y exposant la situation particulière du Québec lors des Révolutions américaine et française, puis au moment de la Rébellion des patriotes de 1837-1838. Au fil de ses recherches historiques, il fait aussi la découverte des écrits polémiques du huguenot canadien Pierre du Calvet (1735-1786) dont il rédige ensuite la biographie et ré-édite ce fameux Appel à la justice de l’État (Septentrion 2002) qui fut d’ailleurs à l’origine d’une Chambre d’assemblée « nationale » au Québec en 1791. Dans la foulée de cette réflexion sur la démocratie, il réalise également un vidéo-documentaire intitulé : Luttopie, rêver d’un monde avec tout le monde dedans. (Vidéographe, 2002).

 

 

boyer-Inedit

 

 

Toujours associé au développement de la vidéographie expérimentale et des nouveaux médias au Québec, notamment depuis l’acquisition de ses archives personnelles par la Fondation Daniel Langlois en 2004, Jean-Pierre Boyer, maintenant professeur associé à l’École des médias depuis 2009, y poursuit ses travaux de recherche et de création dans le cadre du CRIP en vue de développer un site web collaboratif permettant l’accès à un corpus indexé de 5000 affiches québécoises et internationales, lequel doit être inauguré à l’automne 2013.

Se définissant lui-même avec humour comme un « docutopiste certifié », Boyer s’est toujours intéressé aux rapports entre les différentes formes de création artistique (dessin, photo, affiche, vidéo, écriture, médias interactifs, musique) et l’expression humaine et sociale des états de conscience critique et émancipatoire, dans le but de changer la vie au quotidien et de transformer pour le mieux ce monde complexe et fragile dans lequel nous vivons collectivement. Autrement dit, et à travers le prisme d’un artiste et enseignant qui se définit autant ici comme citoyen, on a raison finalement de vouloir être et d’espérer rester toujours un utopiste debout ! Parce que l’utopie, selon Paul Ricœur, est justement « la mémoire des rêves que nous n’avons pas encore réalisés ».


Montréal, avril 2012

 

Boyétization 2